Elle se léchait le bout du doigt, un index à l’ongle écarlate. La silhouette du doigt évoquait une des aiguilles de calcaire dressées
vers le ciel, plus haut dans la vallée. Yohann releva la tête pour mieux voir. La langue paressait langoureusement sur le sillon entre
la peau tendre et la surface lisse aux reflets de porcelaine. Trop de fatigue. Il se laissa retomber sur le canapé.
Le velours marron crissait contre sa joue. Le côté de son cou lui faisait mal, comme une brûlure, un peu au-dessous de l’oreille.
Son front était habité par des vibrations stridentes. En un éclair, il avait perçu le caractère fascinant de cette Nora.
Une alternance impitoyable de volupté rosée et de passion enflammée. Nora De Souza, la nouvelle du numéro 7.
La grande brune à la démarche ondulante et aux yeux verts comme l’eau profonde des lagons.

Il avait fallu une semaine pour engager la conversation au-delà d’une salutation entre voisins. Yohann était lucide, la belle ne devait pas manquer d’admirateurs lancés en campagne
dès l’arrivée d’une jolie célibataire dans ce village de vacances. Lui-même n’avait rien de remarquable face à ces sportifs bronzés. Sitôt descendus de leurs
mountain-bikes, ils portaient
dans leur regard la lumière mystérieuse d'un col perché entre deux glaciers. Son seul avantage était son plaisir à prononcer, plus ou moins laborieusement, quelques mots amicaux
dans la langue de son interlocutrice. Et bien sûr, il restait présent dans la vallée, prêt à proposer une promenade ou un café, aux heures où les hardis cavaliers partaient vers les sommets.

L’arrivée de l’orage, à la fin d’une matinée lourde de grondements et d’éclairs indistincts, fut le coup de pouce d’un destin moqueur. Nora et Yohann quittèrent le salon de thé de La Marmotte
quelques minutes trop tard. Il fallut courir sous l’averse jusqu’au numéro 7, entrer dans le séjour, hors d’haleine et le feu aux joues. Le fracas de tonnerre suivant jeta le beau corps pantelant
de Nora dans les bras de Yohann.

Trois jours et trois nuits plus tard, c’est la fin du séjour. Yohann ne sent plus le contact rêche du tissu marron sous sa joue. Contre son cou, c’est maintenant une moiteur tiède.
Des fanfares triomphent à l’intérieur de son crâne. Lorsque la langue rosée de Nora caresse l’ongle brillant, il sent une main invisible au milieu de son corps qui enserre son cœur.
Une boule chaude monte jusqu’à sa gorge. Sous ses paupières mi-closes, la silhouette effilée de la sombre aiguille rocheuse se recouvre de lumière. Il ne peut plus voir Nora.
Pas la force ! Pas besoin... Il sait que le visage de déesse brune porte un plaisir brûlant. Nora a toujours adoré le goût carné et légèrement salé du sang d’un homme, après l’amour.

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février 2025 --- 4 commentaires
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