
Il y a longtemps que le vent du soir s’est apaisé. Seul un chant d’oiseau tente de retarder la nuit. Le parfum du thé s’installe dans la chashitsu.
De la rue lointaine parvient la voix criarde d’un touriste égaré. Son impatience le tourmentera sans doute jusqu’à l’extrémité des temps.
Surtout qu’il ne vienne pas troubler l’espace silencieux et le moment serein qui s’offrent aux invités.
Une petite voix murmure dans le fond de la pièce nue. C’est une des fleurs blanches de l’ikebana qui demande :
— Sumimasen, cher voisin Haïku, pourriez-vous m’expliquer, je ne suis pas sure de bien déchiffrer votre message ?

― Sumimasen, charmante voisine Shakura, je vous réponds volontiers. Vous êtes très belle, mais je serais moins inquiet sans la menace de ce katana, ce sabre que vous brandissez vers moi.
Je le vois prêt à percer les volutes du thé et à trancher le bas de mon corps !
― Cher voisin Haïku, n’ayez pas peur. J’agite mes membres verts en vous présentant le rose des bourgeons du matin. Chacun est un porteur d’estime, d’affection et de curiosité respectueuse.
Regardez bien leur silhouette tendre et leurs mouvements timides.
― Chère voisine Shakura, je suis votre obligé. Mes formes noires et blanches ne sont qu’un message simple : paix et harmonie. Il est là pour vous-même qui donnez à ce lieu les couleurs de la vie.
Pour nos invités également, que j’entends arriver. Merci, arigato.
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novembre 2024 --- 2 commentaires
15nov2024 19:15
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