Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?
Perdu ! Revenez plus tard. Bonne chance.
Gagné ! Vous pouvez lire "Eliott et les envahisseurs" ou "Les yeux de Bastet".
C’était un de ces jours gris qui s’abattent en février sur la côte du Finistère. Elle avait quitté le café de La Petite Marée sans finir sa tasse, en disant d’une voix sèche :
— Si tu te décides, tu sais où me trouver !
Eh non, je ne savais pas bien. Je suivais des yeux sa démarche rapide le long de la rue de La Marine. L’écharpe orange flottait derrière elle comme un sillage face à la houle d’ouest.
Je ne savais pas bien où j’en étais avec cette femme étrange.
Nous nous étions rencontrés par accident. Je cherchais un livre d’un auteur ango-saxon à la librairie L’Aire de Broca et je m’étais égaré du côté des recueils de poèmes. Elle était familière de l’endroit.
Son regard moqueur avait souligné ma demande d’aide au jeune chargé de l’accueil. Je m’étais tourné vers cette grande femme brune aux gestes énergiques.
— Bonjour, vous pouvez peut-être me conseiller. Vous connaissez les romans de Peter May ?
Trois semaines plus tard, Mathilde et moi nous connaissons un peu mieux. J’avais vite réalisé quel mélange explosif d’émotions fulgurantes et d’intransigeance acide se dissimulait au sein
de cette silhouette ordinaire de femme indépendante, active et tournée vers les autres. J’étais captivé et j’avais peur. La tendresse que je découvrais en elle et celle que j’étais impatient
de lui manifester me donnaient un vertige de bonheur. L’abîme que je constatais entre mes habitudes de célibataire négligent et ses attentes était un pur effroi.
Nous n’avions partagé que deux weekends et quelques soirées volées dans sa vie remplie d’activités associatives, culturelles et sportives. Il m’était vite apparu qu’il me faudrait quitter
la grisaille tranquille de mon existence quotidienne si je voulais rejoindre cette âme enflammée. Je n’osais imaginer que cela puisse être mieux qu’une liaison passagère.
Et voilà que ce matin, après nous être retrouvés dans le café du port, l’ultimatum avait sonné.
« Vivre ensemble ou se séparer ! »
avait-elle déclaré, son regard bleu-gris planté sur mon visage hagard.
J’avais passé la journée dans l’incertitude et l’angoisse. Finalement, je m’étais décidé. Et ce soir, à l’heure où la journée de travail se termine, j’étais là, à la Petite Marée.
Sur notre table ronde préférée, j’avais posé un bouquet de gerberas orange : Amour profond, tendres pensées.
mai 2025 --- 1 commentaire
Yves 05may2025 22:49
Mise en ligne en cours
Ajouter un commentaire, qui restera privé si vous le souhaitez.
05may2025 22:49