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Le 25 novembre 2022. Mis à jour le 20 décembre 2022



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Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?     
Migrants


Les actualités de la journée sont déprimantes, comme d’habitude. Des horreurs, loin d’ici. La guerre. La faim. L’esclavage moderne. Personne ne peut rien y changer, vous le voyez bien. Surtout ne manquez pas le match, ni les deux films du soir... Je prends la fuite et me réfugie dans les mots croisés de Michel Laclos. Une garantie d’au moins deux heures dans un autre monde. Lorsque mes yeux commencent à rissoler sur les cases noires et blanches, je me couche et je m’endors comme une masse.

Je rêve.

Dans la nuit, ils ont construit un pont. Juste devant chez moi, en face de l’immeuble. Ils n’ont pas eu le temps de tracer droit, la chaussée ondule de droite et de gauche. Ils ont dû utiliser du goudron qui avait déjà servi, il y a des trous et des bosses. Ça ne gêne pas ceux qui viennent vers moi, ils sont à pied. Des femmes, des enfants, quelques hommes qui marchent difficilement dans les bourrasques de pluie froide. L’instant d’après, c’est un soleil de plomb et la poussière jaune sous leurs pas. Puis, tout de suite la nuit qui masque tous ces gens qui arrivent, et à nouveau le jour éblouissant ou la bruine glacée. Et toujours ils arrivent.

Migrants Père et fils

D’où viennent-ils ? Je ne peux pas voir. Derrière eux, le pont sinueux mène vers le large. Un océan où l’eau a été remplacée par un brouillard changeant et mordoré. Tous n’en réchappent pas. Par moments je distingue des corps sur la grève. Dans leurs yeux agrandis par la peur, je peux voir tournoyer la mort et la vie.

Quand un petit groupe arrive jusqu’à moi, ils me parlent. Leurs mots ne font pas partie de ma langue maternelle, mais je les comprends. Ils me parlent de leur pays, de la guerre ou de la pauvreté qui les a chassés jusqu’ici, de la beauté de leurs montagnes et de leurs fleuves. Ils me parlent de leur famille et de leurs espoirs. Quand je leur réponds, les mots qui sortent de ma bouche me sont inconnus, je parle moi aussi de mes montagnes et de mes désirs.

Ce pont est là devant moi. Et je me décide à l’emprunter également.
Dans l’autre sens.

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Migrants Père et fils

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décembre 2022 --- 1 commentaire
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