Histoire courte

Mis à jour le 03 mars 2024



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Cimetière de la Chartreuse


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— Bonjour Madame, je cherche Flora Tristan.

👻 — Bonjour Monsieur. C’est moi. Je suis enchantée. A qui ai-je l’honneur de parler ?

— Heu ! … Flora Tristan est morte depuis plus de cinquante ans. Elle est enterrée ici, dans ce cimetière de la Chartreuse. On me dit que c’est près du mur nord, contre la rue George Bonnac.

👻 — On vous a bien renseigné, ma tombe est là-bas. Mais j’aime venir prendre le soleil dans l’allée centrale, écouter les bruits de la ville de Bordeaux, les maraîchers qui installent leurs étals rue François de Sourdis, les commis qui déchargent les charrettes, les vendeuses qui hèlent la ménagère. La vie des hommes et des femmes au travail. La vie de tous les jours qui continue, dans le courage et dans la lutte du prolétaire. Mais vous, Monsieur, qui êtes-vous pour vous intéresser à une femme du siècle dernier, morte loin des siens et oubliée de tous ?

— Mon nom est Gauguin. Nous ne nous connaissons pas, Madame, mais si vous êtes vraiment Flora Tristan, tous ne vous ont pas oubliée.

👻 — Et que dit-on de moi, au-dehors ?

— A Bordeaux Madame, je ne sais pas, je suis de passage. A Paris et ailleurs, on ne vous aime pas. Vous avez été une mauvaise épouse. Vous avez trompé et trahi votre mari. Vous l’avez quitté. Puis vous avez mené une vie dissolue, abandonnant vos trois enfants à la garde d’une grand-mère pour courir à Londres et ailleurs. Il est possible que vous n’ayez jamais su faire la cuisine. Un bas-bleu socialiste, anarchiste ! Ma mère pourtant trouvait des excuses à cette immoralité. Elle disait que vos articles dans les journaux pour défendre les femmes et faire reconnaître leur place dans la société pourrait racheter peut-être votre conduite inexcusable.

👻 — Monsieur, vous et ceux de votre genre ne saurez jamais ce qu’est la vie d’une femme dans ce monde dominé par les hommes. Vous êtes trop souvent les maîtres de nos vies et nous regardez comme des êtres soumis de gré ou de force. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. Et pour l’heure, abstenez-vous de jugements aveugles sur l’épouse, la femme travailleuse en manufacture ou la femme citoyenne de la République.

Travailleuse

— Je reconnais bien là vos discours absurdes du Petit Journal ou du Matin. Brisons-là, Madame, je ne suis pas ici pour une leçon de politique révolutionnaire ! Ma mère, Aline, entonnait déjà ces couplets inconvenants alors que nous habitions Lima et ce fut pire après notre retour en France. Non, je suis venu pour une raison toute simple et chagrinée.

👻 — Ah ! Lima, Arequipa ! Les provinces du sud du Pérou …

— Madame, vous seriez avisée de ne pas vous étendre sur vos ridicules pérégrinations. Le sens commun dicte quelle est la place d’une femme dès qu’elle atteint la puberté. Elle doit l’obéissance et le service à son mari ou, dans certaines îles lointaines où j’ai vécu, à celui qui l’a prise comme femme. Et elle doit être châtiée s’il le faut pour corriger tout écart.

👻 — Monsieur, nous ne nous accorderons pas sur ces sujets, mais le temps qui s’écoule sans faiblir n’en aura cure. Il mesure chacun de nos pas.

— Vous avez raison. Je le sens peser chaque jour davantage sur mes membres. Et je pense souvent à ma mère, sans comprendre pourquoi. J’ai dû la quitter si jeune … Qui était-elle vraiment ?

👻 — Oui votre mère, Aline ! … Comme je vous comprends … Le destin n’a pas de pitié, mais c’est ainsi ... Je vais retourner à la place ombreuse que je ne quitte que pour certaine circonstance. Vous-même, vous avez souhaité connaître de Flora Tristan et vous avez pu me rencontrer par-delà la mort. Quel tourment et quelle urgence vous ont poussé jusqu’ici, alors qu’il ne vous reste peut-être pas deux années de vie ? Dites-moi, ouvrez-moi votre quête.

— Madame, si vous êtes vraiment Flora Tristan, vous êtes Mamie Flora et je suis votre petit-fils Paul.

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Café de nuit à Arles


mars 2024 --- 3 commentaires
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