Je me souviens de ton rire
Comme d’un poignard vivant
Qui venait percer une à une
Les bulles de tendresse de l’hiver.
Une fille et un garçon
A peine sortis de l’enfance
L’appréhension face aux élans
Et au monde inconnu de l’Autre.
L’éblouissement au détour d’un regard
Sur son épaule au soleil de l’été,
Sur l’ombre qui joue au creux de sa taille,
Ou la pluie d’une émotion sur ses cils.
A l’arrivée de la saison froide,
C’est la longue séparation qui commence,
Les trop rares échanges de lettres,
Si maladroites, si décevantes.
En hiver aussi, toutes ces soirées obscures
Où les tâches quotidiennes reculent soudain,
Et une rêverie impérieuse fait éclore pour l’autre
Une lente et précieuse bulle d’amour.
Avec le retour des journées longues
Et du cri incessant des goélands
Au dessus de la grève blanche,
Les amoureux se retrouvent ou se confrontent.
L’enfance s’efface, les caractères s’affirment.
Les sphères translucides qui ont éclairé l’hiver
Sont là, gonflées par l’affection, offertes,
Plus fragiles que jamais.
Il suffit d’un rire aigu
Pour les faire éclater
Et n’en laisser sur la grève indifférente
Que trois gouttes de lumière trop salée.
14dec2024 15:26