Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?
Perdu ! Revenez plus tard. Bonne chance.
Gagné ! Vous pouvez lire "Eliott et les envahisseurs" ou "Les yeux de Bastet".
Nous sommes le 18 décembre et nous marchons dans Paris en rangs serrés. Cinq-mille personnes diront les organisateurs. Deux-mille-trois-cents dira la Préfecture. Nous crions en rythme dans le vent
et dans la pluie qui nous fouettent.
D’où que l’on vienne, où que l’on soit né,
Notre pays s’appelle Solidarité.
Soudain, surgie de nulle part, elle me prend le bras et sa voix d’alto souffle un mot inconnu dans mon oreille. Un mot qui fait plier mes genoux. C’est une grande et forte femme noire qui me regarde au fond des yeux.
Elle chante ce mot que je ne comprends pas, qui me secoue jusqu’au fond de moi. Elle voit mon trouble. Elle me sourit de sa large bouche et elle chantonne sur un air plus léger, plus envoûtant. Et le mot illumine
mon horizon. Je lui souris en retour, je lui demande si elle me parle peul ou lingala, ou wolof peut-être. Elle plisse les yeux et la bouche. Elle ne répond pas. Elle chante un peu plus fort et le mot emplit
mes oreilles, ma tête, mon cœur, m’enivre en un instant. Je ne suis plus dans la foule. Je suis dans un pays inconnu, je glisse au bras de cette femme dans un nuage de poussière ocre.
Alors elle me regarde à nouveau au fond des yeux et je vois la détresse de ses proches. Elle pose sa voix sur une note grave. Et le mot prend l’accent du désespoir. Elle pose la main sur ma joue. Elle réchauffe
mon front et assèche mes larmes.
La manifestation s’agite. Des cris autour de nous. Les gens marchent plus vite, nous pressent. Le mouvement de foule est brutal, il nous sépare. Je vois son visage tendu, sa bouche grande ouverte, son souffle
porté vers moi. Le mot tremble. Mon angoisse hurle. Non ! Je ne veux pas la perdre ! Mais la foule est injuste, cruelle. Bientôt ne me reste que l’écho d’un mot inconnu chanté par une grande femme noire au milieu
d’une foule. Et je demande à tous les africains et africaines que je croise :
Comment dit-on « Solidarité » en lingala, en peul, en swahili, en yoruba ?
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19 décembre -- 3 commentaires
Bernard 18dec2021 16:07
C'est curieux. Cette femme fait sortir le narrateur de la manifestation. Il se retrouve complètement en dehors.
Laurence 18dec2021 16:12
J'ai également aimé. Certaines phrases avec le mot inconnu sont bizarres.
Michel 18dec2021 21:32
Belle inspiration sur un thème bien difficile à aborder !
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18dec2021 16:07
18dec2021 16:12
18dec2021 21:32