Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?
Perdu ! Revenez plus tard. Bonne chance.
Gagné ! Vous pouvez lire "Eliott et les envahisseurs" ou "Les yeux de Bastet".
1. Entre deux vagues
Au début, Claude n’a pas prêté attention à cet objet qui flotte à quelque distance. Une bouée décrochée d’un filet à églefin, peut-être dans le coup de vent de sud-ouest de la veille au soir. Ou bien
le ballon dégonflé d’un enfant, décoloré par le soleil et le sel. Venu d’en face, très loin là-bas, après des jours de dérive sur la mer vide.
Claude installe sa grande serviette de plage au pied de la dune, dispose un galet sur chaque coin, époussette une traînée de sable égarée sur le tissu éponge bleu marine et vert. Le siège bas est déplié
et placé sous le parasol. Le roman de Walter Tevis, muni de son marque-page de cuir brun et or entre les pages 132 et 133, attend sur la toile à rayures marinières. Beth vient de perdre contre le grand maître
russe Borgov, après une ouverture Ruy Lopez et des combinaisons qui ont désorienté la jeune joueuse solitaire. Claude enfile son maillot noir avec soin, puis étire longuement son corps élancé et discipliné.
Le flacon de crème solaire est là, à portée de main. La matinée sur cette plage déserte s’annonce paisible et rassurante.
La balle rouge et blanche qui apparaît et disparaît entre les vagues s’est rapprochée. On peut maintenant distinguer un court reste de cordage sur un côté, un morceau de filet noir torsadé et emmêlé
sur lui-même comme une chevelure malmenée par la petite houle résiduelle de sud-ouest. Soudain, la sphère de plastique bascule, révélant une face plus pâle dans la lumière matinale. Et le cordage a changé de côté,
donnant l’illusion encore plus troublante d’une masse de cheveux trempés. Puis la chose bouge encore. Un poisson est resté emprisonné dans une maille et se débat, entre la vie et la mort ?
À quelques dizaines de mètres, poussé par les vagues qui brisent sur le banc de sable à marée basse, l’objet se rapproche.
Claude est maintenant debout, perplexe, une main au-dessus des yeux dans la lumière crue pour essayer de mieux voir. Un moment d’indécision, puis les longues jambes rejettent les sandales sur le sable sec
et entrent dans l’eau claire. Quelques mètres en avant et l’eau arrive à mi-cuisse. À chaque vague, un petit saut pour éviter le choc cruel de la crête si froide sur le ventre encore chaud de soleil. Puis
sans transition, une course violente et désordonnée vers l’objet rouge et blanc. Une lutte d’éclaboussures contre les petites vagues traîtresses, dans l’eau jusqu’à la taille. Claude pousse des cris furieux.
— J’arrive ! J’arrive !
Claude parvient à agripper le corps par un coude, puis sous une épaule. Le naufragé ouvre des yeux pâles puis les referme. Il se laisse traîner dans les vaguelettes du haut-fond, inerte et lourd comme un cercueil,
puis jusqu’au rivage de sable plus pentu. Claude doit s’arrêter. Le naufragé, ou plutôt la naufragée, n’est pas très grande, mais elle est trop lourde pour être portée. La tirer quelques mètres vers le haut
de la plage, jusqu’au sable dur, est un effort énorme.
Impossible d’aller bien loin de la sorte. Lui retirer la veste de ciré. Batailler contre le pull gorgé d’eau de mer qui colle au buste affalé sur le sol. Se raviser et courir jusqu’à la serviette, empoigner
le tissu sec, un bonnet. Revenir en hâte. Retirer enfin le pullover, les tennis. Déboutonner le jeans et tirer sur la toile gorgée d’eau pour libérer les jambes. Lutter le plus délicatement possible contre
la cagoule de néoprène rouge, presser sommairement la chevelure brune, protéger la tête avec le bonnet de laine. C’est une africaine, jeune. Les yeux de la naufragée sont fermés, les lèvres grises de froid,
presque noires. Envelopper son corps couleur de cendre dans la serviette chaude.
— Courage ! Vous allez vous en sortir !
L’inconnue entrouvre les yeux, les referme.
— Ne dormez pas ! Ouvrez les yeux !
Elle ne répond pas, ne bouge pas. Claude se colle de tout son long contre la rescapée pour essayer de la réchauffer. C’est le moment critique où le corps trop froid peut renoncer, plonger lentement vers la mort.
— Mon nom est Claude. Et vous ? Répondez, ne dormez pas ! Répondez !
Les yeux vert pâle restent ouverts un instant. Les lèvres fines ont la couleur du plomb.
— Vous parlez français ? Vous m’entendez ? Répondez !
Un murmure. Claude approche son oreille du visage cendreux.
— Ekaterina... Ça n’est qu’un souffle mais l’articulation est nette.
— Que vous est-il arrivé ? Voulez-vous à boire ? Avez-vous moins froid ?
Les questions se bousculent. Claude se maudit de leur stupidité. Il faut que la femme reste éveillée, qu’elle parle un peu. Mais l’inconnue ne peut pas ou ne veut pas répondre.
— Ekaterina. Elle ne prononce que ce mot, en roulant le r.
La serviette de coton épais et le soleil réchauffent peu-à-peu les deux corps allongés sur le sable. Les jambes de l’inconnue restent grisâtres, mais ses lèvres ont perdu leur teinte sinistre. Ses yeux
ne sont plus perdus dans le vague lorsqu’elle les ouvre. Elle commence enfin à frissonner. Elle revient. Lentement. Très lentement.
Claude se relève et entreprend de la dénuder puis de la vêtir avec ses propres vêtements. Le pantalon de plage de toile bleue, la veste de drap, les chaussettes, la grande serviette autour de ses épaules
et le bonnet de laine sur ses cheveux mouillés. Tout son corps frissonne maintenant de manière effrayante. Un petit morceau de chocolat glissé dans sa bouche lui donne meilleure mine. Elle reste allongée. Claude
n’a pas froid. Pas le temps.
— Ekaterina.
Elle n’a rien dit d’autre. Le choc de l’hypothermie ?
Dans un moment, avec ce soleil qui est de plus en plus haut, cette Ekaterina pourra peut-être marcher jusqu’à la Twingo. Alors, dix minutes plus tard, elle sera à la Maison Lombardi,
dans un bain chaud, sauvée par un hasard improbable au mois de mars sur une plage désertée.
Au loin, une silhouette, un coureur solitaire le long de la plage. Il approche, intrigué par la posture de Claude, en tailleur à côté d’un corps allongé en milieu de plage.
— Je peux vous aider ?
— Bonjour. Oh oui ! Il faut amener cette femme jusqu’à ma voiture.
— Allons-y. Elle est blessée ?
— Je ne crois pas. Elle est en hypothermie. Elle a failli se noyer.
Le joggeur et Claude parviennent à porter maladroitement la rescapée jusqu’en haut de la dune. Plus loin, un sentier facile redescend vers la voiture de couleur bordeaux et blanc.
— Où allez-vous l’emmener ? À l’hôpital ?
— Non, c’est trop loin. Je suis de la famille Lombardi, je l’emmène chez nous.
— Ah oui, la Maison Lombardi... Elle ne manquera de rien, là-bas... C’est sûr.
2. Blanche et muette
Quelques minutes plus tard, la Twingo bicolore ralentit. Elle quitte la route côtière et s’engage sur une voie privée. Les battants d’une haute porte de bois verni s’ouvrent. La voiture continue le long
d’une allée sinueuse bordée de palmiers des Canaries, puis s’arrête sur le gravier blanc, devant l’escalier de pierre blonde qui conduit dans la Maison. Le jardinier est là, qui vient aider Claude à soutenir
les pas chancelants de l’inconnue. On passera par l’entrée arrière, pour éviter les marches.
Après lui avoir fait boire une tasse d’eau chaude additionnée de miel, Claude amène l’inconnue dans sa chambre, la pièce orange décorée de rubans de prière tibétains. C’est une femme très mince. Ses cheveux bruns
sont frisés. Son visage est tout en rondeur, avec des pommettes proéminentes et des lèvres bien remplies. Elle pourrait être kényane ou soudanaise, mais la peau couleur café et les yeux verts avec quelques reflets
marrons sont déconcertants. Et elle reste muette. Claude l’installe dans un bain chaud et se met à la recherche de sous-vêtements et vêtements qui pourraient lui aller. Inutile d’aller chercher dans les placards
de Julien, quiconque tente de pénétrer dans son studio déclenche aussitôt des hurlements et une crise nerveuse qui peut durer plusieurs heures. De toute façon, le jeune frère de Claude est un géant aux yeux sombres
et au corps puissant. Quant aux parents, Alexandre et Flavia, … ils ont la corpulence de leur âge et d’une existence où la bonne chère est un plaisir de la vie qu’on affiche volontiers. Claude choisit quelques-uns
de ses propres vêtements. Sa garde-robe est à la mesure de l’opulence de la Maison Lombardi. Ça sera trop grand, mais les vêtements de l’inconnue sont restés sur le sable. Aucune importance.
Le lendemain soir, l’inconnue est en assez bonne forme pour dîner avec la famille Lombardi. Assise à côté de Claude, elle est vêtue d’une gandoura blanche trop grande qui glisse parfois sur une épaule nue
de couleur café au lait. Elle écoute les voix de ses interlocuteurs, mais reste obstinément silencieuse. On ne saura pas si « Ekaterina » est son nom ou celui d’un bateau. Les questions d’Alexandre restent sans réponse.
Ses sourcils froncés et son visage autoritaire n’ont pas leur effet habituel. Les tentatives plus conciliantes de Flavia n’y font rien. Claude a renoncé à la faire parler et se contente de lui adresser un sourire,
de temps à autre, pour l’encourager à manger. Comme toujours, Julien est resté dans son studio. Il ne rejoindra la cuisine que lorsque tous seront dans leurs chambres. Le dîner se termine dans une ambiance étrange
dominée par la beauté troublante et le mutisme de l’inconnue en blanc.
Dans la chambre orange, la nuit est troublée par des cauchemars. Claude entoure de ses bras une naufragée qui se débat, console une âme perdue qui sanglote, cajole une jeune femme en quête de chaleur et d’amour.
Le jour suivant, Claude a décidé de retourner à la plage avec l’inconnue. Mais ce n’était pas une bonne idée. Elle reste en haut de la dune, emmitouflée dans une djellaba, immobile et crispée, les yeux fixés
sur l’horizon vide. Ses lèvres sont tirées et agitées de tressaillements. La lumière crue et le grondement de la houle n’ont pas leur sérénité habituelle. Au bout d’un long moment, Claude tend la main vers l’inconnue
avec un sourire embarrassé. Elle ne bouge pas. Il faut renoncer et rentrer.
La demi-journée se poursuit dans le parc de la Maison Lombardi. Des niches de verdure entourées de petits palmiers exotiques permettent de s’y abriter du vent. La jeune femme s’est allongée à un endroit où
la pelouse a commencé à repousser, près de Claude. Elle laisse le soleil chauffer son corps. Elle a retroussé son vêtement au-dessus de ses genoux et abrité ses yeux sous son coude.
Dans la quiétude de l’après-midi, les longues jambes se nouent et se dénouent en laissant deviner une ombre sous le tissu léger. Le bas de son visage s’anime, sa lèvre inférieure découvre ses petites dents.
Le bout de sa langue apparaît par moments. Claude cache son regard sous des paupières mi-closes. À qui rêve-t-elle à cet instant ?
Le soir venu, à la surprise générale, Julien est venu dîner avec tous. Il ne cesse de bouger sur sa chaise, de tourner son visage vers la cheminée ou vers le plafond. Il remet ses couverts à leur place exacte
à côté de l’assiette, dans leur orientation précise, pour la quatrième fois. Claude et les parents font la conversation. Ils ont l’habitude de son agitation. Après un moment, Julien s’est calmé, les tics
sur son visage sont plus rares. Lui et la jeune femme ne disent pas un mot.
Le repas s’éternise. La conversation languit. Les regards se tournent vers l’inconnue en blanc. Elle ouvre de grands yeux ronds, ses lèvres se crispent et se mettent à trembler. Elle ferme maintenant
convulsivement les paupières et un spasme secoue ses épaules trop fines. Les parents et Claude se regardent sans trouver comment conjurer ce qui tourmente la rescapée. C’est le bras musclé de Julien
qui traverse alors la table. Sa main large et puissante vient couvrir un bras fluet secoué par des hoquets. Dans un silence déconcerté, la famille fixe celui qui évite toujours tout contact, toute proximité
avec autrui. Julien laisse peser sa main et son réconfort sur l’épaule d’une étrangère.
A la fin du repas, chacun reste silencieux. Les yeux noirs de Julien font face au regard vert et aux seins dressés sous le tissu de la djellaba. Beaucoup plus tard, Claude se tourne et se retourne dans son lit.
L’inconnue n’est pas venue dans la chambre orange cette nuit.
En général, après le petit-déjeuner, Alexandre rectifie le nœud de sa cravate, pose un baiser pressé sur le visage de Flavia et file vers son entreprise de systèmes d’alimentation en eau potable. Mais
ce matin-là, en ouvrant la portière de la grosse Audi grise, il a la surprise de trouver l’inconnue en vêtement blanc assise à la place du passager avant.
— Bonjour ! Il y a longtemps que vous êtes là ? Vous voulez aller quelque part ?
— … Elle ne dit pas un mot. Le regard vert et les lèvres sensuelles lui font face.
— …
— Bon. Je vais à mon entreprise. Vous verrez… Il y a un endroit agréable où je loge parfois un client.
À leur retour, la réception que Flavia leur réserve est glaciale. Lorsqu’elle se retrouve avec Alexandre dans leurs appartements, sa voix siffle.
— Toi, Alessandro ! Avec une métisse à la peau décolorée qui a le tiers de ton âge !
— Flavia, ça suffit ! Ne me joue pas encore cette scène !
— Tais-toi, tu me dégoûtes !
— Écoute un peu et change de sujet ! Elle ne dit pas un mot, mais si tu la mets devant une maquette de fontaine urbaine, elle prend un marqueur et elle dessine des personnages ou des formes incroyables.
Sa petite main a le pouvoir de mettre la vie là où elle se pose. Je n’en reviens pas !
Au dîner, Flavia est restée dans sa chambre. Julien est présent, pour la deuxième fois depuis si longtemps. Il échange quelques mots avec Claude et avec son père. Une histoire de positionnement socio-politique
auquel ils ne comprennent rien. L’inconnue regarde. Julien a parfois des préoccupations très éloignées de la Maison Lombardi.
En soirée, l’inconnue en blanc frappe à la porte de la chambre de Flavia. Elle entre et referme derrière elle. Devant la cheminée, Julien a entrepris de rafraîchir la conscience politique de son capitaliste de père.
La controverse est heurtée. C’est au tour de Claude de rester mutique. Lorsque tous sont allés se coucher, Flavia et l’inconnue se retrouvent en tête-à-tête dans la cuisine,
devant une infusion. Flavia chuchote en dévisageant son interlocutrice.
3. Perdue
Le jour suivant, l’inconnue n’est plus là. Le jardinier l’a vue sortir du parc très tôt, sur un des vélos qu’on utilise parfois pour aller à la plage. Claude étrangle une de ses mains avec l’autre et interpelle Flavia
d’une voix tendue.
— Je ne comprends pas. Que se passe-t-il ? Vous êtes-vous fâchées hier soir ?
— Mais non, pas du tout !
— Tu lui en veux et tu lui as mal parlé ? C’est ça ?
— Je t’assure que non. J’ai été très douce avec elle. Je ne comprends pas davantage que toi.
Le soir au repas, elle n’est pas rentrée. La famille est autour de la table, y compris Julien. Alexandre est très excité, par un autre sujet.
— Je lance un nouveau projet d’entreprise, une SCOP pour préserver les ressources en eau potable. Nous allons concevoir et faire assembler des toilettes sèches pour les zones arides. Un équipement qui pourra
être fabriqué par milliers avec des matériaux locaux, pour 7 dollars l’unité. Vous vous rendez compte !
Le chef de famille pérore pour son auditoire domestique. Mais Julien est ce soir dans une verve contradictoire complètement inattendue.
— Fabrication locale dans les zones arides ! Mais c’est du rêve ! Dans ces pays ultra-pauvres, personne n’a les outils et les compétences des ouvriers que tu exploites ici, en France. Assembler des trucs industriels
en série ? Dans des endroits où personne ne sait lire !
— Il suffira d’un couteau et d’un tournevis. Pas besoin de savoir lire, la boîte contiendra les huit ferrures, la douzaine de boulons et une maquette en carton dépliable. Il suffira de reproduire le modèle.
— Peut-être il faudrait mettre le couteau et le tournevis aussi, dans ta boîte. Tu crois pas ? Et c’est quoi ta SCOP ?
— C’est une société où les bénéfices sont répartis équitablement entre la société et les salariés-associés. Je propose à dix de mes employés actuels de rejoindre cette SCOP le mois prochain.
— Encore un machin inventé par le système capitaliste pour tromper les travailleurs. On veut leur faire croire qu’ils décident collectivement et qu’ils possèdent l’outil de production ! On va bien voir ce que
ça donne, ton truc ! Bon courage !
Julien se lève et se dirige vers sa chambre. Flavia a caressé le bras de son fils au passage. Personne n’est vraiment surpris, on sait bien que partager aussi longtemps la présence d’autres personnes n’est pas facile
pour lui. Claude n’a pas ouvert la bouche.
Le surlendemain, Flavia et Claude sont face-à-face au petit-déjeuner, dans la cuisine. Claude, les traits tirés, est à la place qu’occupait l’inconnue. Sa voix est grise.
— J’ai fait un cauchemar. Elle ne reviendra pas, n’est-ce pas ?
— Je ne crois pas. Flavia tend le bras et pose sa main sur celle de Claude.
Au-dessus de leurs têtes, Radio Nostalgie diffuse une chanson des années 1970.
Daniel Balavoine chante "Pas d'passé, pas d'avenir"
— Dans mon cauchemar, j’apportais son corps trempé et couvert de sable jusqu’au cimetière. Elle ne pesait presque rien dans mes bras. Il y avait des milliers de tombes blanches, toutes identiques. Aucun nom. L’employé
me demandait : « J’écris quoi ? Ekaterina ? ». Je lui ai répondu de mettre « Jeune femme africaine, 25 ans ».
La voix de Claude trébuche. Ses yeux se portent sur le journal local, étalé sur la table. En page intérieure, un entrefilet : « Plus de 1700 personnes sur le chemin de l’exil sont mortes noyées l'an dernier, aux portes
de l’Europe ». Claude porte une main sur sa bouche, se lève soudain, le visage très pâle, et quitte la pièce.
En fin de matinée, Julien est sorti de son studio pour annoncer qu’il écrit un article intitulé « L’économie sociale et solidaire, sœur jumelle de l’économie capitaliste ». Il sera publié dans la section
« Terrains de lutte » du mensuel « Le temps Libertaire », dont il espère devenir rédacteur en chef associé.
Flavia a décidé de rejoindre à mi-temps, dès le lendemain, une association fondée en 1939 par un groupe de protestants. À l’époque, ils fabriquaient des faux-papiers pour les réfugiés anti-franquistes espagnols.
Aujourd’hui, l’association accompagne les migrants, notamment par l’assistance juridique et l’apprentissage du français.
Claude a gardé le silence. Sa chambre sera inoccupée et la Twingo sera disponible pendant deux semaines. Une retraite en montagne dans un établissement d’initiation au bouddhisme. On y accepte les hommes et les femmes.
Un après-midi, la gendarmerie a téléphoné. Un message pour Monsieur Lombardi. Un vélo portant son nom a été retrouvé dans la ville voisine, dans le hall de la gare. Il était en bon état, appuyé contre une borne
d’impression qui proclame :
«La gare TGV vous offre une histoire à lire en attendant votre train. »
L'histoire porte à divers questionnements. Mais surtout on se demande, avec effarement 😛, si on n'était pas dès le début embringué directement dans "l'histoire à lire en attendant le train"...
Malin, malin.
Gérard 29mar2022 19:10
J'avoue être un peu perdu. Cette intruse, de justesse, sauvée des eaux, muette, tombée dans une famille plutôt aisée et qui disparaît sans que l'on sache d'où elle vient et qui elle est, elle est plutôt
frustrante... En clair, je trouve ton texte inabouti...
Catherine 16apr2022 08:01
Cette nouvelle m'a beaucoup plu. (Elle contient) beaucoup de choses allusives et implicites... J’aime l’économie de la nouvelle, sa concision, le mystère non résolu de cette femme, l’ambivalence ambiguë
de cette Africaine mâtinée d’Ukrainienne, le « twist » auto-réflexif à la fin sur « l’histoire à lire en attendant son train », la façon dont on passe d’un Claude auto-satisfait et confit dans le confort
à un Claude enfin chaviré... J’aime bien les petits tableaux successifs (pour décrire les réactions de la famille), pas trop développés, qui laissent beaucoup de place à l’imagination... J’aime beaucoup
la façon dont les marqueurs géographiques sont complètement effacés, faisant de la nouvelle une sorte de parabole valable pour la Méditerranée, ou la Manche, ou bien d’autres lieux de migration.
Maryline 29jun2022 16:55
Belle ambiance cinématographique dans cette nouvelle. Les images se succèdent. La description des personnages est parfois trop fruste, aussi bien pour l'inconnue que pour Julien par exemple.
En l'absence de réactions de leur part, le lecteur peut rester en dehors de ce qui leur arrive.
Marie 11jul2022 14:23
Yves, je trouve parfaite l'écriture de cette nouvelle, et j'aime beaucoup les petites illustrations.
L'histoire est visualisable : les personnages faciles à se représenter ainsi que chaque scène. Je comprends que l'inconnue bouleverse profondement toute la famille sur son passage, sauf le père
qui ne change absolument pas.
Mais le sens que tu veux donner à ce récit m'échappe totalement et me laisse en attente d'une suite qui me permettrait de comprendre ce que tu veux raconter.
Ajouter un commentaire, qui restera privé si vous le souhaitez.
25mar2022 14:38
Mais surtout on se demande, avec effarement 😛, si on n'était pas dès le début embringué directement dans "l'histoire à lire en attendant le train"...
Malin, malin.
29mar2022 19:10
Cette intruse, de justesse, sauvée des eaux, muette, tombée dans une famille plutôt aisée et qui disparaît sans que l'on sache d'où elle vient et qui elle est, elle est plutôt frustrante...
En clair, je trouve ton texte inabouti...
16apr2022 08:01
29jun2022 16:55
11jul2022 14:23
L'histoire est visualisable : les personnages faciles à se représenter ainsi que chaque scène. Je comprends que l'inconnue bouleverse profondement toute la famille sur son passage, sauf le père qui ne change absolument pas.
Mais le sens que tu veux donner à ce récit m'échappe totalement et me laisse en attente d'une suite qui me permettrait de comprendre ce que tu veux raconter.