Histoires courtes

Publié le 01 octobre 2019

Mis à jour le 01 juin 2024



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Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?     
Regard


Il était passé devant la fenêtre de la cuisine un après-midi de printemps. Sandy remplissait la théière et avait perçu fugitivement une haute silhouette vêtue de noir. Mais elle avait pu sentir le regard gris-bleu fixé sur elle plusieurs secondes après qu’il eût disparu en direction de l’épicerie. Saisie d’un léger frisson, elle avait repoussé la fenêtre entrebâillée sur la rue. Elle avait rejeté sa chevelure brune vers l’arrière et s’était redressée en reculant les épaules. Assise près de la table de cuisine, son amie Ève avait suivi la scène. Elle lui adressa un sourire moqueur.

— Toi, tu essaies de plaire à quelqu’un. Est-ce que par hasard je le connais ?

Sandy haussa les épaules et leva ses yeux bruns-verts vers le ciel.

— Tais-toi, tu dis n’importe quoi ! Occupe-toi plutôt de ta propre vie, tu es seule depuis combien de temps, déjà ? Allez, je te ressers du thé, ça t’évitera de dire des bêtises.

Les deux femmes s’étaient rencontrées dans le monde du travail de cette grande banlieue où chacun peut vivre seul au milieu de la foule pendant d’interminables années. Elles étaient devenues amies et elles aimaient dire qu’elles s’étaient enfin retrouvées.

Parfois le regard d’un inconnu peut changer le cours des choses, mais là, rien ne bougea pendant deux semaines. Ève venait prendre le thé le mercredi après le travail. Elles allaient au cours de gymnastique le vendredi soir, la brune et la très grande rousse toujours côte-à-côte. Et elles médisaient sur l’égoïsme du couple d’épiciers dès que l’occasion se présentait.

banlieue

Puis, le regard gris-bleu passa à nouveau devant chez Sandy. Il avait maintenant pris sa place dans un visage allongé un peu trop pâle, sous une chevelure noire indisciplinée. Une tasse de thé à la main, elle se tourna vers la fenêtre. Elle portait ce jour-là son chemisier à rayures bleues et orange qui mettait sa poitrine en valeur. Cela lui donna assez d’assurance pour esquisser un petit sourire. Le visage pâle garda les yeux fixés sur elle et répondit par un geste de la main, puis il disparut dans la montée de l’épicerie. Le visage penché sur les effluves de thé, Sandy ressentit longtemps après la chaleur du regard autour de son corps.

— Qu’est-ce qui m’arrive ? Un inconnu passe devant chez moi et je me trouble comme une adolescente ?
Où va-t-il donc ? Il habite vers le haut de la rue ?

On ne le revit plus de la semaine. Le vendredi soir au gymnase, Sandy se garda bien de mentionner son passage à Ève. Mais lorsqu’elle se trouvait dans sa cuisine, elle ne pouvait s’empêcher de guetter par la fenêtre.

Regard

Samedi soir, c’est fête dans la ville. Un podium a été dressé sur la place de la mairie. Des groupes de musiciens se succèdent dans les lumières des spots et des fumigènes colorés. Les spectateurs se tiennent debout sur la pelouse, en groupes d’amis et de voisins qui échangent des nouvelles ou des commentaires. Quelques enfants courent dans la pénombre, à travers la petite foule débonnaire. Sandy a mis une robe et relevé sa coiffure. Un peu à l’arrière de la foule, elle attend Ève. Elle écoute distraitement un groupe de nostalgiques jouer « Riders on the storm » des Doors. Les riffs de guitare électrique envoient les volutes de fumée violette planer vers des ailleurs inquiétants. Soudain, une présence, comme un souffle dans son dos. Elle reste immobile pendant deux secondes, puis tourne une épaule et la tête vers l’arrière. C’est lui. Il sourit, lui souhaite le bonsoir. Elle répond quelque chose, elle ne sait pas bien quoi. Il est un peu plus grand qu’elle. Il se tient droit derrière elle.

— Comme un arbre qui m’abriterait de la pluie, se dit-elle. Puis... Je suis une idiote, il ne pleut pas.

Elle s’est à nouveau tournée vers les Doors dans leurs brumes violettes. Elle fait un pas en arrière, puis ne bouge plus. Elle respire avec retenue. Lui est également immobile. Il pose ses mains sur le haut de ses hanches. Elle sent leur chaleur pénétrer jusqu’à sa peau à travers le coton de la robe. Elle ne peut faire un mouvement.

— Pourvu qu’Ève n’arrive pas maintenant ! est la seule pensée qui lui vient.

Jim Morrison, défoncé quelque part dans Paris, envoie son message vers le futur.
Riders on the storm… Our life will never end… Gotta love your man.

Jim Morrison

Après le riff final, un air froid coule sur sa taille. Elle se retourne. Il a disparu. Elle le cherche un instant alentour. Et c’est Ève qui apparaît, sa chevelure rousse déployée au vent le long de sa grande silhouette.

— Bonjour Sandy, tu vas bien ?
— Bonjour Ève.
— Tu as l’air bizarre. Ça va vraiment ? Tu as mis trop de rouge sur ton maquillage.
— Mais non, ce n’est rien, ça doit être les fumigènes…
— Toi Sandy, tu nous couves quelque chose, je te le dis ! Tu as le feu sur les joues !

Sandy est trop troublée pour répondre d’une voix normale. Elle glisse son bras sous celui de son amie. Tournée vers la scène, elle perçoit à peine la musique. Elle ne sent que la chaleur du flanc d’Ève et le contact de sa robe sur ses propres hanches, là où il a posé ses mains. Dans le platane au-dessus d'elle, un pic-vert fait entendre son ricanement.

Epicerie

Lors une visite à l’épicerie d’en haut, le visage pâle aux cheveux ébouriffés s’est nommé :

— Bonjour, je m’appelle Mahdi. Je peux servir vous ?

Il a un fort accent étranger que Sandy ne peut identifier. Elle a rougi en repensant au samedi précédent, puis répondu n’importe quoi.

— Oui… Je ne sais pas.

Elle regarde ses mains, grandes et blanches comme son visage, puis ses lèvres. Elle évite les yeux gris-bleus qui glissent sur elle et entourent son corps de chaleur. Face à lui, elle recule instinctivement ses épaules et ne sait plus que dire. C’est finalement lui qui trouve le prétexte qu’elle attend.

— Prenez des carottes et des aubergines, elles sont très bonnes aujourd’hui.
— Oui, je veux bien. Pas trop, je suis seule.

Il lui sourit. Elle rougit encore plus.

— Si vous voulez, je fais vous goûter des pistaches. J’en aurai ce soir après ma journée. Venez au belvédère, au parc de la mairie, après 19 heures.

Epicerie

À 19 heures, Sandy est déjà installée au belvédère, face à la vallée à ses pieds, dans le crépuscule qui vient. Elle se répète :

— Je suis folle, je ne le connais pas, Mahdi, c’est quel pays ?

Le jour s’alanguit. Un pic-vert crie dans le seringa, sur sa gauche. Puis il s’envole dans un froissement de branches. Il a été dérangé par les bruits de pas d’un passant en contrebas. Elle rejette ses cheveux en arrière, s’étire. Les ombres s’allongent et le parc se tait peu à peu. Soudain les mains se posent sur sa taille.
Lui...

Pic-vert

Son corps d’homme contre son dos. Une bouche affamée dévore le côté de son cou, puis ses lèvres. Elle pose ses bras sur les épaules nerveuses, ferme les yeux et répond à ses baisers. Les arbres et les oiseaux autour d'eux n'existent plus, seules restent la chaleur de son torse, son odeur et la douce brûlure de leurs bouches. Il caresse ses cheveux, ses joues. Il murmure lentement des mots qu'elle ne comprend pas, chargés de chuintements et de consonnes sèches. Soudain un merle siffle au dessus de leurs têtes. Elle sursaute, ouvre un instant les yeux, des promeneurs pourraient venir à tout moment. Reprennent les baisers sauvages au goût d’épices qu’elle ne peut identifier. Après un moment, il dit :

— Je ne peux pas rester. Je dois travailler ce soir. Reviens demain à la heure même. Tu veux bien ?

Le moment d’après, il est parti. Elle est restée là, les yeux dans le vague. Il n’a pas laissé de pistaches, seulement une femme au souffle court et aux seins dressés. Elle se redresse, secoue la tête et prend à pas hésitants le sentier qui redescend vers la ville. Au loin, une silhouette longiligne quitte le parc à grandes enjambées. Une grimace et une petite crispation de la joue agitent le visage de Sandy.

— Qu'est-ce qui lui a pris ? On aurait dit qu'il s'enfuyait...

Parc et lac

Le lendemain soir, Sandy a décidé de ne pas venir seule. Elle a demandé à Ève de l’accompagner. Bien sûr, il a fallu répondre à ses questions.

— Alors, raconte ! Tu l’as rencontré comment ? Comment s’appelle-t-il ?

Elle en dit le moins possible, sans savoir pourquoi.

— Je l’ai rencontré à la fête du samedi. Il s’appelle Mahdi. Il est étranger.
— Il est séduisant ?
— ...
— Je verrai bien dans un moment, de toutes façons.
— Oui, c’est un bel homme, mais j’ai un peu peur, Ève.
— Peur ? Mais de quoi ?
— Je veux être seule avec lui, mais j’ai peur. Je serai rassurée si tu es là.
— … Dis-donc toi !

Ève caresse le bout des seins de Sandy qui pointent sous le tee-shirt blanc.

— Tu es une coquine, Sandy !... C’est l’amour, non ?

Elle se penche vers son amie et pose un baiser sur la joue qui a rougi. Puis elles se dirigent vers le belvédère. Ève a passé son bras autour de la taille de Sandy. Mahdi attend, tourné vers la vallée qui se calme dans le soir. Quand il se retourne, son regard se porte d’abord sur la brune en ample jupe longue et en tee-shirt blanc, puis sur la grande rousse à la chevelure dénouée qui l’accompagne. Il embrasse les lèvres de Sandy, puis la joue d’Ève.

— Bonjour, je m’appelle Mahdi.
— Bonjour Mahdi, je m’appelle Ève, je suis une amie de Sandy.

Seringa

Un moment de silence. Mahdi s’est placé derrière Sandy. Il pose ses mains sur ses hanches et regarde Ève. Sandy a reculé sa tête et l’appuie contre l’épaule masculine. Elle reste silencieuse et regarde son amie, elle aussi. Un autre moment passe. Les mains de l’homme passent lentement sur le coton blanc. Elles remontent vers les seins ronds et tendus. Les yeux gris-bleus n’ont pas quitté le visage d’Ève, dont les tâches de rousseur ressortent dans la lumière du soir. Les mains caressent le bout des seins, qui se dressent furieusement à travers le tee-shirt. Ève mord sa lèvre inférieure et se tourne à moitié vers la vallée.

— Ève, tu nous dis si quelqu’un arrive ? J’ai peur que quelqu’un nous surprenne.

La voix de Sandy est brouillée dans le crépuscule. La pénombre vient peu à peu. On entend des voix lointaines.

— Ève, j’ai peur. Il y a des gens.
— Oui, Sandy, je les entends...

Les grands marronniers frémissent soudain tout autour d’eux.

— Ève, ils ne viennent pas par ici, tu es sûre ?
— Je crois... Je ne sais pas.

Sandy écarte légèrement ses jambes. Elle ferme les yeux. On entend son souffle au milieu des murmures du parc. Ève a tourné son grand corps vers le couple enlacé. Elle passe le bout de sa langue sur ses lèvres. La chaleur de la journée a laissé son empreinte sur les visages des deux femmes.

Pic-vert
Sandy soupire, puis bouge un peu. Elle ouvre les yeux. Ses pommettes sont très rouges. Elle tourne la tête vers Mahdi et l’embrasse sur la bouche avec gourmandise. Il répond avec des baisers tendres sur tout son visage. Un oiseau s'envole dans un bruissement de branches froissées. Après un moment, Mahdi regarde les deux femmes et dit :

— Je suis désolé, vraiment désolé, je ne peux pas rester ce soir. Je dois travailler. Je reviens demain ici à 14 heures. Vous pouvez ?

Une minute plus tard, il n’est plus là. Sandy a réajusté son tee-shirt. Ève secoue lentement ses mèches rousses. Elle reste silencieuse. Sur le chemin du retour, elle tient la main de son amie. Ses lèvres ne sourient pas.

Seringa

Deux semaines ont passé. C’est l’après-midi, il fait chaud dans le parc. Ève n’est pas là. Sandy est venue dans la tenue que Mahdi préfère, avec la grande jupe fleurie flottante. Elle attend, appuyée contre la balustrade du belvédère. Des oiseaux bavardent dans les arbres, au-dessus d’elle. Personne. Les promeneurs arriveront plus tard, quand le soleil aura baissé. Mahdi viendra-t-il ? Les bruits du parc se répondent. Le temps s’étire paresseusement. Sandy se balance d’un pied sur l’autre, pose son ventre contre la pierre froide et dure. Elle tire sur une mèche, pousse un caillou du bout de son pied, rejette ses cheveux en arrière. Il a peut-être été retenu ? Il est très tard... Il ne viendra plus.

Soudain des mains nerveuses sur ses épaules, des lèvres impatientes dans son cou, sur sa bouche. Le goût d’épices, le souffle qui manque. Il l’entraîne derrière le buisson de seringas, contre le tronc du grand marronnier, à deux pas de là. Le couple se niche dans le feuillage parsemé de fleurs blanches.

— Mahdi attends ! Tu es sûr que personne ne peut nous voir ?
— Il n’y a personne !
— Mahdi non !

Tout-à-coup, un bruissement dans les fourrés en contrebas, des brindilles froissées précipitamment., un cri aigu qui se termine indistinctement. Elle se raidit. Sa peau est toute hérissée. Elle souffle :

— Quelqu’un arrive, j’ai peur !

Il ne répond pas. Elle frissonne.

— Il y a quelqu’un ! Là-bas !
— N’aie pas peur. C’est un animal, peut-être un oiseau, un vert oiseau qui crie. Il est parti.

Pic-vert

Un peu plus tard, ils se tiennent enlacés, contre la balustrade. Mahdi a pris un visage grave, ses lèvres sont serrées. Il dispose des pistaches en figures géométriques étalées sur la pierre blanche et chaude.

— Mahdi, je suis désolée. Je te demande pardon. Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’avais trop peur.
— Ne pas demande pardon. Tu ne vois pas ce que ça est pour moi.
— Tu es sûr, tu ne m’en veux pas ?

Il pose l’index sur la bouche de Sandy.

— Chuuut ! Tu ne sais pas... Il fronce les sourcils. Tu vois ces pistaches ?
— Oh oui, tu m’avais promis d’en apporter, tu te souviens ?
— Je peux les dessiner comme une fleur à cinq pétales. Presque toutes les fleurs des champs en ont cinq. Je peux te dessiner comme ça. Tu es là, tu te vois ?
— Oui, je suis une fleur toute verte. Elle sourit.
— Et pourtant, à l’intérieur d’une pierre, on ne peut pas faire ça. C’est interdit.

Avec cinq pistaches plus sombres, il assemble un petit monticule instable.
— Là, c’est moi, dit-il d’une voix sourde.
— Pourquoi on ne pourrait pas faire ça ?
— La géométrie de notre monde l’interdit... Il soupire. Si je suis une pierre, un cristal à cinq branches, je ne peux pas exister dans ce monde. D’un geste, il balaie les pistaches brunes loin de la figure verte.

La bouche de Mahdi a pris un pli amer. Sandy le regarde en ouvrant plus largement ses paupières. Elle pose doucement ses mains sur les joues crispées et embrasse ses lèvres.
— Oublie tout ça. Tu es là, c’est ce qui compte pour moi.

Pistaches

Vendredi soir. Les deux amies se retrouvent au gymnase.

— Bonsoir Sandy. Je suis contente de te voir, ça fait longtemps.
— Bonsoir Ève.
— Tu as des cernes. Tu es fatiguée ?
— Oh, j’ai mal dormi la nuit dernière.
— Tu vois toujours Mahdi ?
— Oui… Non… Ça dépend des jours... Parfois il vient, parfois non.
— Chez toi ?
— Ah non, ça je ne veux pas !
— Ouhlààà !

Ève se tait, pose sa main sur l‘épaule de son amie et lui sourit.

— Viens, ça me fera plaisir de faire la séance à tes côtés.

En sortant du gymnase, Ève prend le bras de Sandy.

— Dis-moi, ce Mahdi, il t’apporte du bonheur ?
— Oui… et non. Quand il est avec moi, c’est bien. Et puis, l’instant d’après, il disparaît. Il file comme un voleur. Ça me choque.

Pistaches

Il n’y a plus de thé au fond des tasses chez Sandy. Dehors, il fait très chaud, l’atmosphère est orageuse. Ève parle de la liberté des célibataires. Soudain elle se tait au milieu d’une phrase. Elle reste yeux grands ouverts, le visage fixé vers la fenêtre entrouverte.

Là dehors, un fourgon bleu marine a stoppé dans un grincement de freins. Des gendarmes en descendent et se placent autour d’un passant. C’est Mahdi. Le moteur du véhicule tourne toujours et couvre les voix. Après un moment, les gendarmes poussent Mahdi en direction du fourgon. Lui tourne son regard gris-bleu vers Sandy. Puis il le fixe sur le visage d’Ève. Il cache sa bouche de sa longue main. Le gendarme qui maintient Mahdi par un bras s’est arrêté et regarde les deux femmes. Cinq longues secondes s’écoulent. Puis ils se dirigent tous vers le fourgon.

Ève est restée jusqu’au crépuscule. Elle rentre chez elle à pas lents. Elle a dénoué sa chevelure rousse. Des larmes coulent sur ses joues dans la pénombre.

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avril 2021 --- 2 commentaires
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