Histoires courtes

Mis à jour le 10 avril 2021



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Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?     
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— Les vieux ont souvent des manies,
se dit-elle en regardant passer le vieil homme, panama vissé sur le crâne et flacon-pistolet marron à la main. Élodie hausse les épaules en rangeant ses paquets de biscuits au chocolat derrière le bar. Elle jette un coup d’œil au reflet dans son téléphone portable et rajuste sa couette-palmier blonde. Monsieur Marcel est une figure de ce club de cyclistes de province. Il est là chaque fin de semaine, à la première heure. Toujours impeccablement rasé, portant chemise blanche et chapeau été comme hiver, il salue d’abord les femmes en soulevant son panama, à l’ancienne.

— Bonjour Mademoiselle Élodie. Je suis content de vous voir. Allez-vous bien ?

Front dégarni et tempes blanches encadrant un visage amaigri, il rappelle irrésistiblement à Élodie son propre grand-père. Mais Papi Michel ne se promenait pas toute la journée avec un pistolet de lubrifiant à la main. Papi Michel, lui, avait la manie de manger du chocolat à la moindre occasion, le matin ou le soir, jusqu’à ses derniers jours il y a bientôt deux ans.

@

Monsieur Marcel cache son âge. On sait par ouï-dire qu’il est veuf et qu’il habite dans un quartier éloigné. Il est un adhérent fidèle du club. Pourtant, les sollicitations de l’entraîneur reçoivent invariablement une réponse abrupte.

— Monsieur Marcel, vous devriez essayer nos nouveaux vélos spécialement conçus pour les seniors.
— Non merci, je n’aime pas la bicyclette.

Et il file vers le groupe des plus jeunes qui se préparent. Monsieur Marcel s’affaire sur la chaîne de chaque vélo et distribue les recommandations.

— Benjamin, une chaîne bien lubrifiée te permet de continuer à avancer quand le chemin devient dur, en montée. Et surtout, pense à te procurer un casque plus protecteur.
— Oui, Marcel, c’est gentil. Et je changerai bientôt mon casque. Promis.

Cycles

Pour une raison inconnue, Benjamin est avec Élodie l’une des deux seules personnes à l’appeler « Marcel ». Quand le groupe des jeunes démarre, emmenés par l’entraîneur, Monsieur Marcel les regarde longuement. Puis il revient vers le bar.

Élodie tire sur sa couette, vérifie dans le portable, puis propose :
— Marcel, je vous sers un café ? Je vous accompagne, si vous voulez bien.

@

Elle vient un peu plus tard s’asseoir à côté de lui, posant les tasses et un paquet de biscuits sur le banc entre eux deux. Par la fenêtre, on distingue au loin sur la route une masse argentée en mouvement. Les jeunes qui pédalent. La couette blonde se penche vers les tempes blanches.
— Il est gentil ce Benjamin, dit-elle doucement.

Le vieil homme reste silencieux et tourne son visage vers la fenêtre, comme le faisait Papi Michel après une question trop personnelle. Un moment passe. Elle hésite et plisse les yeux en passant une main sur sa couette. Puis elle tend un biscuit rond, sa couche brune de chocolat orientée vers Marcel et vers la lumière du matin qui entre dans la pièce.
— Et il vous aime bien. Vous le savez, Marcel ?

Il saisit le biscuit.
— Merci.
Puis il se détourne à nouveau. Après un instant, sa voix lente et brouillée reprend.
— Mon garçon avait huit ans… On l’a retrouvé sur le bord de la route, allongé à côté de son vélo. Son visage était tout blanc…

Un long silence.

— Après, ça n’a plus été pareil.

Élodie tend le bras et pose sa main sur celle de Marcel. Elle la laisse quelques secondes, puis la retire. Quelqu’un du club pourrait entrer.

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novembre 2019 --- 1 commentaire
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