Le 12 janvier 2019. Mises à jour le 14 mars 2023. Version sonore du 13 janvier 2024.
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Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?
Perdu ! Revenez plus tard. Bonne chance.
Gagné ! Vous pouvez lire "Eliott et les envahisseurs" ou "Les yeux de Bastet".
Je m'appelle Lucas, j'ai six ans et demi et c'est trop bizarre. Je comprends pas ce qu'il y a au-dehors. L'école, dans la classe de Madame Montebello, ça va bien, facile. Mais le reste, nada ! Rien !
Le soir après l'école, je regarde la télé, des fois. Souvent, c'est trop drôle et avec mes petits frères, on rigole bien. Vers sept heures, les parents rentrent du travail et la grande Elodie
retourne chez elle. Et là, du coup, ils mettent la chaîne des infos et ça devient complètement zarbi.
Souvent, je comprends rien. Vraiment rien. Des vieux qu'on appelle les députés se fritent dans une sorte d'école en pente, l'Assemblée, y disent même pas où c'est, l'Assemblée. J'comprends pas
quelles sont les équipes, combien on gagne si on a le meilleur score. D'ailleurs, ya pas de mot ou de pays à deviner. Du coup, c'est un jeu assez nul. Ça, c'est le début des infos.
Ensuite, ça devient gore. C'est la guerre, mais pas comme dans les jeux vidéos où, si tu perds, tu peux recommencer et gagner la fois suivante. Ils ont des tanks, des avions et même de gros camions
télécommandés mieux que dans mon jeu Warcraft. Mais dans leur jeu, ils démolissent vraiment les immeubles, les villes, et même les stades de foot. Un jour, aux infos, ils ont montré des blessés,
avec plein de pansements, et une fois, des gens morts, allongés dans une rue. Trop gore !
En classe, ya un nouveau. Lui, il s'appelle Volodia. Il est assis à côté de moi. Sa maman et lui viennent de déménager. C'est pour ça qu'il est arrivé dans ma classe depuis un mois. Il parle français
moyen-moyen, en roulant très fort les "r". De temps en temps, il dit un mot en russe. Personne ne comprend dans la classe. Et souvent, il faut lui répéter lentement ce que dit Madame Montebello
pour qu'il comprenne. Ça marche pas toujours. Du coup, j'ose pas trop parler à Volodia.
Un jour, je lui ai dit :
- Tes parents, y zont divorcé ? Comme ceux de Kévin ? C'est pour ça que ton papa, y vit pas avec toi et ta maman ?
Il m'a répondu :
- Non, ils ont pas divorrrcé. Mon pèrrre, il est à la guerrre.
Ma sœur. Ma petite sœur chérie. Elle remplit à nouveau ma tasse de thé. Elle me fixe, les yeux attachés à mes lèvres muettes. Son visage encadré
par une chevelure brune paraît encore plus pâle dans la lumière du matin. Le bord de ses paupières est rougi. Sur les murs
de la cuisine, les photos de son ex nous narguent. Il est parti avant-hier. Et moi, je ne dis rien.
Posé sur ma langue, un gros galet amer et rugueux étouffe les mots de réconfort que je voudrais lui donner. Je serre mon ventre.
J’avale ma salive. Pas un son ne vient. Comme il est loin le temps de notre enfance où j’étais le grand frère, celui qui sait
sècher les larmes et frotter un dos de fille un peu frêle. Mon corps a grandi et mon cœur, lui, s’est rabougri.
Sa voix se hasarde entre les murs égoïstes et me suit dans l’entrée. - Tu es gentil d’être passé me voir.
La pierre est toujours là, lourde sur ma langue. Je suis juste capable de poser la main sur son épaule, pendant un moment suspendu,
avant de l’embrasser.
Je l’appelle ce soir. Au téléphone, ça sera peut-être plus facile.
janvier 2024 --- 5 commentaires
Myriam 17apr2021 11:33
J'aime beaucoup ce texte très sobre et très touchant ...
Laurence 28apr2021 14:20
J'aime ce texte ...
Alexia 18jan2022 15:12
C'est mon texte préféré !
Marc 14mar2023 12:58
J'aime beaucoup !
Marc et Monique 16jan2024 11:48
Nous avons apprécié cette nouvelle (version sonore). Mille remerciements.
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J’ai cueilli des cerises dans le jardin du notaire. Sa fille aînée, celle qui avait un an de plus que moi, m’avait ouvert l’étroite porte de bois verte qui donnait
sur l’arrière. Avec un air mystérieux, elle avait sorti la longue clé du fond de son panier. Il avait fallu la force de nos deux mains
posées l’une sur l’autre, la sienne chaude sous la mienne, pour faire jouer la serrure rouillée.
- Surtout, on referme bien derrière nous. Personne ne doit savoir que nous sommes là.
avait-elle dit à voix basse. Tenant ses yeux marron à demi-clos, elle avait repoussé une mèche brune derrière son oreille.
Sur le velouté de sa joue, un peu sous la pommette, brillait la chaleur du fruit. À nouveau sa main sur la clé. Deux secondes interminables.
Elle attendait, le visage tourné vers moi. J’avais rougi violemment, puis je m’étais décidé. J’avais mis mes deux mains sur la sienne et Clac !
La serrure était refermée sur nous. Elle s’était redressée et se tenait face à moi, plus grande de quelques centimètres, un peu trop proche. Elle m’avait souri
d’un air vainqueur, avec un mouvement étrange de ses lèvres pleines.
novembre 2019 --- 1 commentaire
Fanny 23 mars 2020
Tu devrais lire 'La Coccinelle' de Victor Hugo.
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13mar2023 15:27
13mar2023 15:31
14mar2023 09:51
14mar2023 12:51
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