Histoires courtes

Publié le 27 mars 2021



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Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?     
Gratin dauphinois


Pour faire un gratin dauphinois, voyons ... il me faut d’abord … des pommes de terre ? C’est ça ?

🧙 — Mais non ! Pour faire un gratin dauphinois, il te faut d’abord des amis.

Bon, des pommes de terre et des amis, d’accord. Pour les pommes de terre, je choisis des charlottes bien tendres. Mais les amis ? Lesquels ? Ils sont si différents les uns des autres !

🧙 — De préférence un mélange d’hommes et de femmes. Des gens qui t’ont aidé à devenir ce que tu es, malgré tes reculades devant la vie. Des personnes auxquelles tu tiens, à qui tu souhaites faire plaisir. C’est bien pour elles que tu fais ce gratin, non ?

Ah oui ! Je pense à certaines personnes, leur jeunesse, leur ardeur. Je sens déjà leur odeur qui pénétre ma main avec le léger chuintement du couteau sur la peau des charlottes nouvelles. Ensuite, je les couperai en minces rondelles et les coucherai sur le beurre, sagement rangées dans le fond du plat.

🧙 — Tu parles comme un enfant ! Pourtant tu le sais bien. Ton gratin sera raté s’il n’a pas la petite amertume des pommes de terre qui ont vécu la saison froide. Des amis qui sont tous de ton âge, ce serait trop fade. Et je te dirai un jour pourquoi il te faut quelques pommes de terre vieilles et bien dures.

Heureusement, entre deux couches de charlottes, j’ajoute trois belles cuillerées de crème, du sel et du poivre. A la cuisson, la crème chaude vient envelopper les plus vieilles et les transformer en lourdes caresses qui fondent sur la langue. Hmm !

🧙 — Tu oublies d’où tu viens ?

Mais non, je sais bien que dans nos montagnes natales, on vivait de l’élevage. L’hiver était long et rude. Je n’ai pas oublié l’absence de la viande, souvent chère pour les familles nombreuses. Je sens encore l’odeur du lait qu’on met à bouillir dans une grande casserole. Je vois la couleur plate de la peau qu’on retire avec une écumoire et qu’on met à l’abri des mouches dans l’assiette du garde-manger.

🧙 — Alors, la crème, le lait ?

C’est bien avec la vieille peau du lait que ta grand-tante faisait le gratin. Pas comme aujourd’hui avec nos pots de crème fleurette lissée et allégée. Et juste avant d’enfourner le plat pour une heure et demie, parfois deux heures, Grand-Mamie Henriette versait le lait du matin jusqu’à noyer presque toute la couche du haut.

🧙 — Je vais te confier deux secrets. Le premier, c’est qu’il faut être vieux pour vraiment réussir le gratin dauphinois. Un jour peut-être je te dirai pourquoi. Le second c’est que tu pourras reconnaître à l’oreille si ton gratin est à la hauteur de ses origines. Au moment où le plat brûlant arrivera sur la table, tous feront silence, mais toi, tu pourras entendre un écho assourdi. Te parviendra la voix d’une inconnue, une blonde norvégienne aux formes généreuses qui ronronne de gourmandise, très loin d’ici. Alors tu auras en toi un pouvoir sur tes invités.

Tisanes

Le pouvoir sur quelqu’un ?

🧙 — Hmmm … oui ! Au moins sur son plaisir...

Comment ça, au moins ? Il y a autre chose ?

🧙 — Eh bien … Ceux qui savent les choses du passé racontent parfois des histoires … Certaines préparations … Des aliments, des plantes … Pour changer les sentiments, les états de l’âme …

Mais pas avec un gratin !

🧙 — Nooon ! … Mais tu vois bien que beaucoup de savoirs viennent de nos ancêtres. Nous les avons égarés, perdus pour toujours dans le monde moderne. Certains animaux, des oiseaux, des mammifères se soignent avec les plantes, les champignons, les sols. On a oublié tout ça, presque tout.

Oui, mais … changer l’état d’âme de quelqu’un ! Waoh !

🧙 — Oh ! Pense à l’effet que peut avoir un bon vin, du tabac, le thé, le café ou un parfum particulier sur l’humeur d’une personne … Pense au bien-être que tu peux procurer. Pense aussi à la douleur lancinante du manque que tu peux installer avec une privation. Celui qui connaît l’âme humaine, qui respecte le temps et qui maîtrise les plantes possède un pouvoir.

Les tisanes magiques d’Afrique et les philtres du Moyen-Âge ? C’est ça ?

🧙 — Oui et non … On a gardé les vertus et le mal de la feuille de coca du paysan andin … On a gardé l’amertume de la fève de cacao. Le prêtre aztèque préparait ça pour parler avec les dieux ... Mais les plantes médicinales ! Et qui se souvient du monde des champignons ? Qui se souvient de ce qui pousse sous la terre ?

Et si je veux changer l’état d’une personne pour toujours ?

🧙 — Alors il te faut connaître son âme. Et il faut t’allier le temps.

Le temps ? Pas ces racontars de nuit de pleine lune ou de la fête de Saint Jean Bosco, j’espère !

🧙 — Les sages se transmettent des histoires étranges ... Une pincée de poudre brune posée sur la langue d’un enfant, d’un bébé, une certaine tisane administrée à un jeune adulte pendant plusieurs semaines … Et des mois ou des années plus tard, des effets d’attirance surprenants …

Mamie, je t’adore, mais le temps n’est pas mon ami. Là, j’attends quelqu’un samedi soir. Je vais m’en tenir à un bon gratin. Je sors une bouteille de mon petit rouge du Cher et je retiens ta suggestion du parfum. La bougie à l’orange ou la hyacinthe épanouie, plus capiteuse ? On verra bien … Mamie, merci, je t’embrasse fort. Salut !

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Assiette de gratin Menetou-Salon Bougie orange
décembre 2020 --- 2 commentaires
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