Je ne nie pas avoir détruit le schéma de Macaulay. D’ailleurs, Messieurs, je ne l’ai jamais nié. Je l’ai détruit, c’est un fait,
pour de bonnes et solides raisons. Ma grande erreur a été de ne pas prendre la chose au sérieux dès le début. Quand Macaulay,
la première fois, m’a apporté son circuit, je n’y ai pas vraiment prêté attention, du moins pas toute celle qu’il méritait.
Une erreur bien humaine, occupé comme je l’étais avec le vieux Kolfmann. Il aurait fallu que je m’interrompe pour réfléchir
à ce qu’impliquait réellement le circuit Macaulay.
Si Kolfmann n’avait pas débarqué à ce moment-là, j’aurais eu le loisir de me pencher sur le circuit, d’en percevoir les conséquences,
de le jeter à l’incinérateur, et Macaulay juste après. Comprenez-moi bien, ça n’aurait pas été un geste contre Macaulay. C’est un type
très gentil, fin, un des plus brillants cerveaux de notre service de recherche. C’est bien là le problème.
Le Livre d'or de la science-fiction : Robert Silverberg, Presses Pocket no 5032, 1979 - The Macaulay Circuit (1956)
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Dans une grande cage métallique accrochée à un mur dans l’entrée de la pièce, un petit rongeur au pelage couleur de pierre
s’agite soudain, faisant sonner l’aluminium et le sable sous ses pattes graciles. MacGregor se redresse et quitte son fauteuil dans un grincement sonore.
— Ah, messieurs, excusez-moi un instant pour ce dérangement. C’est Sylvia, ma gerboise, qui me vient d’un lointain sud-ouest aquitain ensoleillé.
C’est son heure. Je lui donne ce qu’elle attend de moi et je suis à vous.
Puis MacGregor revient s’enfoncer dans le siège qui gémit sous son poids. Il frotte de la main sa joue rasée de près et rajuste la mèche blanche
vers l’avant de son crâne pour masquer sa calvitie. Il disparaît presque derrière son bureau encombré par des piles de papiers ordonnées
selon une logique mystérieuse. On ne voit de lui que son crâne luisant, son visage empâté et le haut de sa blouse blanche
aux épaules tombantes.
Sa voix distinguée et la cadence de ses phrases paraissent venir du personnage en haut de forme dont le grand portrait orne le mur derrière lui.
Tout autour, le mobilier d’acajou et les plafonds à la française dominent les piles de livres, les classeurs entassés, les rouleaux de papier
et diagrammes abscons oubliés çà et là.

— Le problème perdure, reprend-il en se frottant la joue de plus belle.
Ses deux interlocuteurs demeurent silencieux, l’air interrogateur.
— Oui, j’ai détruit le schéma de Macaulay. Mais à ce jour, je ne suis pas parvenu à mettre la main sur le circuit. Pourtant,
ce damné dispositif de passerelle cognitive est toujours actif, cela est certain. Il est là, quelque part.
Le bras de MacGregor émerge un instant de l’horizon de paperasses, tournoie en un geste qui pourrait aussi bien indiquer la grande cage grillagée
que les solives du plafond ou les grands cyprès, dans le parc qu’on devine au-delà de la fenêtre à meneaux.
— Comprenez-moi bien, Messieurs. Nous savons grâce aux observations du vieux Kolfmann que le comportement de nos collègues dans ce service
est perturbé, précisément depuis le 17 septembre. Significativement perturbé, cela est certain. Des scientifiques établis, je dirais même
exagérément installés dans leur routine de laboratoire pour la plupart, changent brutalement à partir de cette date. Ils sortent de leur bureau
et posent des questions à leurs collègues. Ils s’intéressent à des domaines situés hors de leur champ de recherche. Ils viennent me déranger.
Certains empruntent même des manuels d’apprentissage du russe ou de langues asiatiques diverses.
Les deux hommes assis au centre de la pièce, entourés par le fatras de livres, font une moue dubitative.
— Puis ils se procurent des ouvrages scientifiques dans ces langues auprès de bibliothèques étrangères. Les consultent-ils,
je vous le demande ?
Les deux hommes se regardent d’un air embarrassé. L'inspecteur Miller fait signe à son collègue d’être patient. La gerboise s’agite à nouveau dans sa cage.
Elle pointe son museau entre deux barreaux. Ses moustaches vibrent impatiemment. Il semble à Miller qu’eux deux et le petit animal
sont également agacés par le monologue de MacGregor, son ton sentencieux et ses manières de potentat.
— Lisent-ils vraiment cette littérature ? Je ne peux l’affirmer. En tout cas, je doute qu’ils maîtrisent réellement ces langues.
Ils ne sont même pas capables de répondre à une politesse en russe ou en japonais. Et pourtant les ouvrages en russe, en hindi, en coréen,
en japonais défilent sur leurs bureaux ! Expliquez-moi une fois comment cela est possible !
Miller se décide à interrompre la logorrhée.
— Monsieur MacGregor, tout cela est certes très intriguant. Mais cela n’est pas de notre ressort. Notre seule question est la suivante :
Où est Macaulay ?
La gerboise gratte violemment le sol de sa cage et projette un peu de sable sur le plancher.
— Messieurs, j’aimerais beaucoup être en mesure de répondre à cette question ! Assurément pas en raison de l’estime que je lui porte,
qui ne m’empêchera pas de le réduire en cendres minuscules, en poussière impalpable.
D’un geste violent, il ramène à nouveau la filasse de sa mèche vers son front.
— Comprenez-moi bien, j’ai quelques questions précises à lui poser sur la localisation exacte, la désactivation et la destruction
définitive de ce damné circuit.
Dans sa longue cage, la gerboise a entrepris le déménagement complet de son nid. Elle le transporte à grand bruit depuis l’extrémité
la plus sombre jusqu’au côté situé dans la lumière de la fenêtre. Les deux hommes s’agitent également sur leurs mauvaises chaises.
Pendant un moment le bureau résonne de grattements sur l’aluminium et de grincements sur le palissandre du plancher.
— D’ailleurs, même Sylvia est contaminée ! Elle est ordinairement d’humeur égale. J’espère qu’elle ne va pas se mettre en tête
des incongruités venues du fond de la taïga russe.
A cet instant, la gerboise saute sur place, court jusqu’au grillage proche des humains et se dresse sur ses pattes arrière
en poussant de petits cris aigus.
— Ha pomoshch! Ha pomoshch! Au secours !
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novembre 2019 --- 3 commentaires
18nov2019 18:51
A part ça, ton style est parfois 'trop' comme disent les jeunes.
J'ai cherché un dico 'gerboise-français'. Es-tu certain de ta traduction ?
Hi hi hi.
29jul2021 12:04
18feb2023 13:16