
La porte de l’immeuble résiste
De tout son poids de métal.
Elle chuinte faiblement,
― Lucas, n’y va pas ! Il pleut trop fort !
― Laisse-moi filer, on m’attend.
Un gros nuage gris regarde passer Lucas.
Le même depuis toujours.
Lucas court vers l’école primaire,
Il court vers le travail ou vers la permanence d’accueil.
On l’attend.
― Mais arrête-toi un instant,
Tu ne te souviens pas de moi ?
Lucas lève les yeux vers le nuage,
Et le gris de son ours en peluche
Surgit du passé.
Le petit Lucas serre son ours contre lui
Et grimpe sur les genoux de son père.
Une odeur de tabac et la lumière douce
Des yeux de sa mère pleuvent
Sur l’adulte qui court vers le RER.
Une brume a recouvert le monde
Et obscurci l’avenir pour longtemps.
Mais parfois un voyageur perdu se confie.
Du Soudan ou de Syrie, il apporte à Lucas
L’écho grave de la voix d’un père
Ou le pudique reflet du regard d’une mère.
Au coin des paupières d’un inconnu
À la peau plus sombre et plus lisse,
Se révèle soudain pour Lucas une fratrie
Qui fait galoper le cœur
De l’enfant égaré dans le monde adulte.
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janvier 2022 --- 9 commentaires
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