Au milieu de la cuisine, il y a quatre pieds en bois marron. Quatre pieds hauts et durs. Quand je tourne autour avec mon tricycle, ils cognent sur la roue
avec un bruit fort :
Bang ! Bang ! Bang ! Des fois, j’arrive à passer sans toucher le quatrième, pour aller plus vite. A la course depuis le bout du couloir,
c’est toujours moi qui gagne. Mes frères, c’est des petits, ils ne vont pas vite. Et mon papa, il ne monte
pas sur mon tricycle.
Au-dessus, il y a la table. C’est là que Maman pose les choses, le lait, le chocolat, le goûter. C’est trop haut pour moi, je ne peux pas voir. Mais
quand elle pose mon bol, ça fait :
Toc ! Presque le même bruit que ma roue arrière.
Quand personne n’est dans la cuisine, je mets le pied sur une roue pour être plus grand et j’essaie de voir le dessus de la table. Mais la dernière fois,
j’ai glissé et je suis tombé. J’ai pleuré et maman m’a grondé. Alors maintenant, je me mets sur la pointe des pieds et je me fais grand.
J’étire mon cou, mais c’est trop haut. Je peux mettre mon nez assez haut pour sentir les odeurs, le lait chaud, le pain au chocolat. Mais je ne vois rien.

Aujourd’hui, je suis revenu de chez Mamie. Les vacances sont finies. J’ai retrouvé ma maison, mon tricycle. Mes frères vont un peu plus vite, je leur apprends.
Mais ce sont encore des petits. Le soir, Papa et maman vont les coucher en premier. C’est le moment où je vais dans la cuisine.
J’ai mes nouvelles tennis et je me sens grand. J’attrape un pied de la table dans chaque main et j’allonge mes pieds.
J’allonge mon cou et ... je vois !
Sur le dessus de la table, les rayures bleues du tissu qui pend sur les côtés s’arrêtent. Juste au bout de mon nez, dans l’odeur de plastique, je vois
un dessin marron qui ressemble à la queue d’une grosse bête sauvage. C’est peut-être un léopard ou un lion des cavernes, à moitié caché sous mon bol
et ma cuillère. Il pourrait tous nous dévorer. Juste à côté, les assiettes encore propres des parents, leurs verres, les couverts et les serviettes attendent.
Les lunettes de Papa sont posées à l’envers, à sa place près du frigidaire, en face du carnet et du stylo de Maman.
Une mouche court sur la nappe, à la recherche d’une miette de pain. Elle monte sur une enveloppe blanche, la traverse en biais
jusqu’au timbre rouge, s’arrête un instant, repart en vitesse. Elle s’envole. Sûrement à cause du lion et de ses dents de sabre.
Je vois tout. Je suis un grand ! Moi, ce lion ne me fait pas peur. Je l’empêcherai de manger mes petits frères, je suis là pour les protéger.
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21nov2019 12:55
25apr2021 21:04