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Le 9 mai 2025



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Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?     
la femme en rouge



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Qui est cette femme ? Que me veut-elle ? J'ai bien vu en arrivant chez Luigi qu'une personne en robe rouge était dans le jardin. Quelqu'un de sa famille, une amie ou une voisine ? Elle n'était pas près de la fenêtre lorsque Luigi discourait, en agitant ses grands bras bronzés :

― Les provinciaux ne s'adaptent pas bien ici, les femmes en particulier. Je le vois bien dans le service. Au bout d'un moment, elles craquent ! Elles retournent dans leur campagne.

Il a fixé son regard sombre sur ma grimace de désaccord pendant une seconde, puis proposé de nous faire un autre expresso. Un grand souffle venu d'ouest a soudain secoué les hautes branches au dehors.

A cet instant, l'hôpital a appelé. Luigi a crispé le coin de sa bouche en recevant le message. Il a raccroché rapidement et empoigné le trousseau de clés sur la table. Il a dit qu'il ne savait pas à quelle heure il serait de retour. Que je finisse la lettre sans lui, comme si j'étais ici chez moi.

J'ai terminé la lettre pour son frère, loin dans le sud, plus rapidement que nous n'avions commencé. Luigi n'est pas quelqu'un de très facile. C'est un ami, mais il faut parfois passer sur ses emportements pour mériter sa générosité. Un latin de la catégorie "coup de sang" et explosion immédiate.

Quand j'ai finalement posé le stylo sur la table, elle était là...

Juste derrière la fenêtre ouverte. Un bras posé sur le chambranle. Elle me fixe sans un mot, son regard planté dans le mien. Son visage n'est ni fâché, ni heureux. Elle attend...

la femme en rouge

Que me veut-elle ? Une réponse à une question qu'elle n'ose pas poser ? De l'aide pour son jardin, où le soleil est devenu incandescent ? Je ne crois pas. Cela a peut-être un lien avec Luigi...

― Bonjour, dis-je doucement.
― Bonjour, me répond-elle d'un ton brusque.

― Que me voulez-vous ?
― Mais je ne vous ai rien demandé ! La robe flamboie sur ses épaules au même rythme que ses lèvres furieuses.

― Non, mais vous attendez là, sans rien me dire...
― Vous êtes l'ami de Luigi, vous devez savoir ! Ah les hommes ! Pourquoi restez-vous toujours dans le silence ?

Je lui adresse un demi-sourire prudent en réponse. Elle réplique en haussant la voix.

― Mais répondez-moi ! Vous connaissez Luigi, vous êtes son ami. Vous savez bien que la vie, il faut parfois la forcer à ...

Les flammes de sa robe s'éteignent soudain. Un nuage lourd masque le soleil. Quelques grosses gouttes de pluie claquent sur le sol, sur ses cheveux, sur ses joues hâlées. Les arbres derrière elle frissonnent longuement.

Je penche légèrement la tête de côté. Je fais un pas vers elle. Je pose l'avant-bras sur le dossier du fauteuil, un peu incliné en avant, comme si j'étais son reflet. Je parviens à dire :

― Oui, je sais. Luigi est comme ce vent aujourd’hui...

Je connais le charme étincelant qu'il peut déployer dans la lumière d’un soir et le lendemain matin, ses grandes enjambées impitoyables pour éviter de s'attacher.

la femme en rouge

Appuyée contre la fenêtre, elle laisse glisser sur sa peau mate les gouttes rondes et brillantes. Le chagrin qu'elle porte est trop lourd. Peut-être s'interdit-elle cela en présence de Luigi ? J'imagine quelle réaction violente il pourrait avoir.

Je m’ébroue et je sors dans le jardin. Je me penche pour écarter les sabots restés sur le seuil. Elle s'est relevée, secouée par un hoquet. Elle vacille au-dessus de moi. Mes mains se posent sur ses hanches pleines pour la retenir. Deux secondes dans la lumière grise. Elle se redresse. Elle me souffle :

― Je m'appelle Dolorès.

Tandis qu'elle s'éloigne vers le fond du jardin, je vois son dos qui s'agite parfois, comme la petite houle désordonnée qui suit un méchant coup de vent d'ouest.

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Debussy HP

août 2025 --- 5 commentaires
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