Certains textes ne se montrent qu'à la nuit tombée, furtivement. Essayer ?
Perdu ! Revenez plus tard. Bonne chance.
Gagné ! Vous pouvez lire "Eliott et les envahisseurs" ou "Les yeux de Bastet".
Nous, nous avons nos habitudes dans ce jardin. Quand le vent venu de la mer n’est pas trop violent, nous y venons en fin d’après-midi.
Le plus courageux d’entre nous s’y hasarde en éclaireur. Il faut d’abord vérifier qu’aucun animal dangereux ne s’y trouve. S’assurer également
qu’un barbecue encore fumant n’empoisonne pas l’atmosphère. Avec le mois de mai, les rosiers buissonnants commencent à exhaler des parfums délicieux.
Il est trop tôt pour goûter les figues. Elles sont encore dures comme des pierres, mais déjà elles annoncent des agapes endiablées. Le palmier commence à fleurir
en grappes odorantes qui rendent fous les insectes les plus divers. Tout l’endroit zonzonne de bonheur et de gourmandise.
Nous avons bien gagné le droit de fréquenter ce lieu. Nous y sommes en permanence, nous, alors que les propriétaires du lieu ne se montrent qu’aux beaux jours.
Mais ils décampent dès que les dépressions ventées et pluvieuses se succèdent de trop près. Pfuhh ! Des poules mouillées ! Notre petite troupe est plus courageuse. De novembre à mars, nous méritons
dans le vent et dans le froid notre droit d’accès à ce petit jardin carré. Alors le figuier a perdu ses feuilles et ne protège plus des rafales d’ouest venues de la Grève Blanche, juste derrière les dunes.
C’est parfois très éprouvant, surtout pour les plus jeunes d’entre nous.
Deux humains. Ils ne sont que deux à fréquenter ce jardin. Je ne compte pas leur affreux chat noir. Heureusement, le sale animal ne quitte que rarement l’intérieur de la maison. La bâtisse carrée
n’a strictement aucun intérêt. Aucune bonne nourriture, aucun parfum de fleur alléchant n’en sort jamais. Tout cet espace pour deux êtres vivants qui ne sont jamais là ! C’est à se demander
s’ils ne regardent jamais toute la vie qui bourdonne autour d’eux. Ils sont peut-être sourds. Ou aveugles. En tout cas, ils ne bougent pas vite quand ils mettent le nez dehors, et leurs visiteurs
sont exactement aussi lents et balourds. Ils sont cloués au sol par leur poids énorme. Les pauvres !
Quelques minutes. C’est la durée maximale de notre séjour dans ce paradis végétal, à l’époque des fleurs et des fruits. On y trouve aussi, à l’arrière de la maison, un pommier et un poirier.
Les humains ne s’intéressent qu’aux fruits. L’été dernier, il n’y a pas vraiment eu de poires. Mais depuis la floraison jusqu’à l’hiver, c’était une attraction pour les insectes et également
pour un grand nombre de merles, grives, étourneaux et autres gêneurs voraces.
Dans une lunaison exactement, si j’en crois les plus sages et les plus âgés d’entre nous, la lumière sera là depuis très tôt le matin jusque tard le soir. Ça sera bombance dans le petit jardin
plusieurs fois par jour, pour nous régaler des premières graines, de quelque ver imprudent, des figues enfin mûres. De longues journées de fête. Nous n’aimons pas la nuit, nous les moineaux.
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mai 2021 --- 1 commentaire
Laurence 29 mai 2021 17:04
Je me demandais qui étaient ces "nous".
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29 mai 2021 17:04